Article de Roger Martelli paru dans Politis :
Si l’on en
croit les sondages, le total des voix de Hamon-Jadot-Mélenchon peut
conduire un candidat de gauche à la victoire finale. Voilà qui semble
suffire à ranimer l’espérance. Mais est-ce si simple ? L’historien Roger
Martelli répond à cette question.
Il
ne suffit pas de gagner une élection : il faut aussi gagner
l’après-élection. Quelles ont été les périodes de plus grande poussée du
Front national ? 1983-1988, 1997-2002 et 2012-2017. Chaque fois, la
gauche dominée par les socialistes a gagné dans les urnes. En principe,
elle a gagné bien à gauche. Mais elle a pratiqué une gestion du pouvoir
recentrée. Elle s’est coulée dans les normes de la mondialisation
capitaliste ; elle a déçu la gauche et désespéré les catégories
populaires. Elle n’a pas suscité de mouvement social combatif et, au
contraire, elle a nourri le ressentiment.
S’il faut rassembler, ce n’est donc pas pour revenir à la case « 2012
», ni même à la « gauche plurielle » de 1997. Une gauche conséquente
est une gauche qui tourne le dos à quatre décennies d’errements ; c’est
une gauche décidée à rompre avec une logique d’accommodement au désordre
du monde, au primat de la finance et au règne de la « gouvernance ».
Tourner la page Hollande-Valls ? Magnifique. Mais on ne peut pas dire
en même temps que cette époque est forclose et que le bilan de la
période ouverte en 2012 « n’est pas indéfendable ». On ne peut pas
vouloir rassembler la gauche et quémander le soutien de Bernard
Cazeneuve. On ne peut pas appeler à une rupture et soutenir aux
législatives des individus qui, jusqu’au bout, ont conduit ou approuvé
la politique ayant mené la gauche au désastre.

