Il
y a ceux qui ont la paternité de la réforme territoriale. Et puis il y a
ses petits. Là où Fillon puis Valls ont théorisé et mis en oeuvre
l’explosion du cadre institutionnel en substituant le principe de
concurrence et de guerre économique à l’indivisibilité du peuple, Macron
s’engouffre dans la brèche pour poursuivre le travail libéral
d’atomisation engagé par les siens. Son discours de la porte de
Versailles n’a en la matière rien à envier à ceux de ses aînés.
« Je suis pour que partout, lorsqu’il
y a des métropoles qui réussissent, lorsqu’il y a ces grandes cités qui
triomphent dans la mondialisation, on puisse les aider à aller plus
loin, à conquérir , je suis pour qu’elles puissent absorber le
département pour simplifier notre structure ». Emmanuel Macron
pouvait se faire lyrique ce samedi 10 décembre, la vision qu’il livre de
la réforme territoriale n’est rien d’autre que celle de l’abandon des
territoires au règne de la concurrence libre et non faussée et de la
compétitivité : « conquérir », « absorber », « mondialisation »,
les territoires sont niés en tant que bassins de vie pour laisser le
champ libre aux émanations de la technostructure, les métropoles,
conçues comme les réceptacles géographiques contemporains pour
l’accumulation du capital. La redistribution promise pour les
territoires limitrophes n’est que fadaises dès lors qu’Emmanuel Macron
en appelle dans le même temps à mettre à terre le cadre institutionnel
de souveraineté que demeurent les départements. Le pouvoir économique
doit régner sans entraves démocratiques : pour que les métropoles de
Macron vivent, il faut que les départements meurent. Il faut que
l’économie « absorbe » la démocratie. Si une révolution est en marche,
c’est uniquement la révolution libérale qui poursuit son chemin.